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JUSTINE OU LES VERTUS DU LIBERTINAGE
Sade : un des penseurs des Lumières






AU SIECLE DES LUMIERES : LE DIVIN MARQUIS
     



L
e Marquis de Sade a su pénétrer le fond de l’âme humaine pour y découvrir ses secrets indicibles. Fin analyste, dans ses écrits il nous dévoile sous le couvert de ses personnages, Justine, La Dubois, Dolmancé et Juliette entre autres ce que l’éducation a su dissimuler pudiquement. Pour ôter le paravent des préjugés et devenir libre, il faut accepter la dénonciation radicale des interdits religieux, ces fers de l’ignorance, qui imposent des comportements sociaux dégradés et contraires aux lois naturelles qui, si elles sont respectées, ouvrent alors la voie du bonheur.

En ce sens, l’auteur des « Infortunes de la vertu » se situe parfaitement dans le courant philosophique des Lumières qui prône «la quête du bonheur ».

Le Marquis n’a de cesse de dénoncer le fanatisme et l’intolérance qui aident à l’asservissement de l’homme.

Seul l’ignorant se soumet à l’austérité voulue par le tyran. Cette idée fondamentale est celle de tous les philosophes du XVIIIème siècle. Voltaire, Rousseau, Diderot ont proclamé la même chose.

Mais pourquoi alors tant d’acharnement sur le Marquis ? Qu’a-t-il écrit de si fort qu’il en perdît la liberté ?

En fait, Sade s’est amusé à créer des situations extrêmes, fruit de son imagination fertile nourrie de ses fantasmes les plus prononcés et les plus exacerbés.

Voici la raison officielle en vérité pour laquelle il fut interdit de publication, et pour laquelle également il finit sa vie interné à Charenton. Reconnaissons la vigueur de sa pornographie, indéniable, soit. Mais nous pouvons affirmer que ce fut là le simple prétexte choisi par les hypocrites de son temps pour le mettre au ban de la société, en évitant ainsi de le juger.

L’Histoire nous prouve que ceux qui décidèrent de lui faire subir l’enfermement avaient eux-mêmes commis bien d’autres fautes, bien plus graves, bien plus terrifiantes que celles de leur victime quelques années auparavant. Il nous suffit de choisir le cas du ministre de Bonaparte, Fouché, avec qui Sade eut maille à partir, pour pouvoir relater les effets désastreux et criminels de sa politique de répression lorsqu’il était « Représentant en mission » du Comité de Salut Public à Lyon, où il ordonna le massacre de milliers d’opposants dans la ville livrée à la machine implacable de la Terreur.

L’exaltation du vice que nous retrouvons dans tous les ouvrages du Marquis n’est qu’une construction intellectuelle logique pour provoquer le lecteur afin qu’il puisse découvrir en lui les conséquences des effets pervers des interdits qui limitent sa liberté de penser.

Les religions ont permis l’asservissement de la masse des faibles pour permettre la tyrannie des forts.

Et jouir de l’assouvissement des désirs sensuels c’est déjà se défaire du joug de la morale élaborée sur la puissance des dogmes.

Durant les siècles de l’Ancien Régime, le bonheur sur terre n’avait guère de sens. Seule la grâce divine importait puisqu’elle ouvrait la porte de la félicité éternelle du monde paradisiaque mérité.

Au XVIIIème siècle, les penseurs des Lumières estiment que l’homme doit chercher la voie du bonheur pour sa courte période de vie terrestre. Cette quête doit passer par la meilleure définition d’un équilibre harmonieux entre l’homme et la nature. Les chemins peuvent différer suivant la réflexion d’un Voltaire, d’un Rousseau, mais le but est toujours le même.

Le Marquis de Sade s’inscrit dans cette réflexion fondée sur la tolérance, et en conséquence sur la haine du fanatisme.

Que représente donc notre Justine ? Elle est le modèle de la pureté, certes, mais aussi et surtout l’incarnation romanesque de la naïveté. Suppliciée, souffrant dans son âme et dans son corps, toujours trahie, subissant l’ingratitude de ceux qu’elle aide, elle reste pourtant pure, attachée aux pratiques ancestrales de vertu, elle ne varie jamais, ne cède jamais, elle subit.

Soumise aux pires tortures et flétrissures parfaitement connues et répertoriées sous l’Ancien Régime comme punitions pénales ou inquisitoriales, elle devient l’archétype de la victime tuméfiée par les fers du fanatisme d’une société injuste que le Marquis hait, et que la Révolution va détruire enfin, elle représente le passé.

La libération des mœurs que notre auteur aimerait voir s’imposer sur les ruines de la « forteresse morale » qui vient de s’effondrer en 1789 ne s’est pas établie, sauf peut-être durant une courte période du Directoire (1795-1799) celle qui suit les exécutions sommaires de « la Grande Terreur », et qui ne touche en fait qu’une infime partie de la population, celle qui dirige la France autour du Directeur Barras dans un Paris qui respire de nouveau, et qu’animent effrontément Muscadins et Merveilleuses.

Même si notre société actuelle, issue de la Révolution, n’est point sadienne, loin s’en faut, elle a sans nul doute certaines valeurs que notre Marquis libertin aurait su goûter sans frein ni modération.

La Justine de la pièce de théâtre «Justine ou les vertus du libertinage» va goûter aux joies de la sexualité débridée grâce aux leçons de Dolmancé, jouisseur impénitent, libertin sans limites. Elle pourra connaître dorénavant les joies d’une vie licencieuse.

Cette transgression que nous nous sommes permise n’est en fait qu’un clin d’œil respectueux puisqu’en définitive notre héroïne se transforme sous l’effet de l’acte sacré du libertinage en une «Juliette» : Tout un programme à la gloire du divin Marquis.

C’est dit.

Nous ne l’avons point trahi.


Alain DUPRAT



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